Accessibilité aux Urbaines

(Les Urbaines)

Les Urbaines explorent les esthétiques émergentes le temps d’un week-end. En donnant à expérimenter une alternative à ce qui est déjà établi, le festival appelle à la découverte indispensable — et totalement gratuite ! — d’une quarantaine de propositions locales et internationales, qui ouvrent la voie à de nouveaux langages artistiques.


U majuscule (logo des Urbaines) avec un remplissage de glitch et graphiques abstraits.

 

Les Urbaines mélangent les formes visuelles, sonores et performatives dans une dizaine de lieux de Lausanne, Renens et Chavannes, avec prolongation de l’exposition à l’Espace Arlaud jusqu’au 15 décembre.

Soucieuse de l’accès des personnes en situation d’handicap moteur et sensoriel à la création contemporaine, Les Urbaines s’engagent à rendre sa programmation la plus accessible possible.

Les Urbaines se réjouissent de vous accueillir!

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Pourquoi il ne faut surtout pas négliger l’activité physique des enfants atteints de handicap moteur

(theconversation.com)


La pratique d’une activité physique adaptée est importante pour les enfants en situation de handicap moteur. Shutterstock

 

La pratique d’une activité physique adaptée est importante pour les enfants en situation de handicap moteur.

Cet article a été co-écrit avec Francis Degache, directeur du pôle Recherche et Développement de l’institut MotionLab à Lausanne, en Suisse.

La conjonction de la sédentarité et d’une activité physique insuffisante serait le quatrième facteur de risque de décès dans le monde. Pour cette raison, l’Organisation mondiale de la Santé considère que lutter contre la première et promouvoir la seconde constituent des enjeux de santé publique majeurs.

Marcher, effectuer un travail physique, jouer, faire du sport… Toutes ces activités qui requièrent une dépense d’énergie permettent de lutter contre la sédentarité. Malheureusement, tout le monde ne peut pas s’y adonner. Les personnes en situation de handicap moteur, notamment, sont très exposées aux risques liés à la sédentarité.

C’est tout particulièrement le cas des enfants atteints par des pathologies qui affectent, parfois dès le plus jeune âge, leur mobilité, telle que paralysie cérébrale, spina bifida, arthrite juvénile idiopathique ou encore maladies neuro-musculaires. Correctement accompagnés, ils pourraient pourtant eux aussi récolter les bénéfices d’une activité physique adaptée, qui améliorera leur santé et leur condition physique.

Les enfants en situation de handicap moteur, une population particulièrement à risque

Du fait de leur pathologie, les enfants en situation de handicap moteur ont un risque accru d’être contraints à un mode de vie sédentaire et peu actifs. Conséquence : leur condition physique est altérée, et leurs performances sont moindres par rapport à celles d’enfants du même âge. Non seulement leur force musculaire ou leur souplesse sont défaillantes, mais ils sont aussi victimes de limitations cardio-respiratoires, alors même que le plus souvent, aucune déficience cardiaque n’est inhérente à leur maladie.

Il a ainsi été démontré que la santé cardio-vasculaire des adolescents et jeunes adultes atteints de paralysie cérébrale est moins bonne que celle de la population générale. En outre, leur sédentarité et leur inactivité les exposent à des risques accrus de développement de maladies non transmissibles telles que maladies cardio-vasculaires, cancers ou diabète à l’âge adulte.

À ces conséquences dramatiques s’ajoute le risque de perte de capacités motrices préalablement existantes, du fait d’une majoration de la fatigue et d’un manque d’entraînement. La menace est alors l’entrée dans un cercle vicieux de « déconditionnement » : les activités de la vie quotidienne devenant plus difficiles, elles sont moins pratiquées, ce qui entraîne une nouvelle diminution de l’activité physique, qui accroît les difficultés à la reprise d’un mode de vie actif.

La promotion de l’activité physique et la lutte contre la sédentarité doivent donc être mises en œuvre dès le plus jeune âge, spécifiquement chez ces enfants, pour leur éviter de perdre leurs capacités non entretenues.

Une excellente tolérance et des bénéfices majeurs


Les draisiennes adaptées au race running permettent aux enfants qui marchent mal de faire du sport. ComputerHotline/Wikimedia

 

Actuellement, les contre-indications à la pratique raisonnée de l’activité physique chez les enfants en situation de handicap moteur sont peu nombreuses, même si une vigilance particulière, se traduisant par une sélection des activités autorisées, peut être requise pour les enfants présentant des pathologies spécifiques. Par exemple, certains enfants présentant une myopathie (maladie du muscle) peuvent se voir préconiser uniquement des activités physiques peu intenses, ou des exercices de renforcement musculaire doux.

Le plus souvent, de très nombreuses activités sont possibles, avec une excellente tolérance ainsi que de très bonnes réactions et bénéfices. Chez les enfants présentant une paralysie cérébrale par exemple, la participation à de multiples sports et activités physiques, allant de la course à l’escalade et de l’escrime au surf, est possible. Dans certains cas cependant, des adaptations pour pouvoir permettre la participation des enfants, sont nécessaires, du fait de leur handicap moteur. Chez les enfants présentant des difficultés à la marche, le race running est très apprécié. Ce sport, à mi-chemin entre le vélo et la course à pied, se pratique grâce à des draisiennes adaptées.

Les bénéfices attendus de la mise en place d’un mode de vie actif et peu sédentaire sont les mêmes que dans la population générale : amélioration du bien-être psychologique, de la qualité de vie, et prévention de certaines maladies non transmissibles. Chez les enfants en situation de handicap moteur, d’autres avantages peuvent s’ajouter à ces bénéfices : lutte contre le cercle vicieux du déconditionnement, maintien voire amélioration de certaines capacités fonctionnelles, ou plus grande implication dans la vie sociale.

Le race running permet aux enfants et aux adultes qui ont des difficultés à marcher de pratiquer une activité sportive (vidéo en anglais).

En pratique !

Retrouver la capacité de mener à bien des tâches de la vie quotidienne, sans fatigue indue, implique un reconditionnement à l’effort en vue d’améliorer la condition physique générale. Des programmes spécifiques ont été développés pour y parvenir : programmes de renforcement musculaire, programmes de réentraînement à l’effort en aérobie et programmes mixtes. Grâce à eux, les enfants pourront améliorer leur condition physique et retrouver une plus ample réserve d’énergie, qui leur permettra de jouir de leurs loisirs et de faire face aux situations critiques imprévues.

Divers entraînements spécifiques sont préconisés pour atteindre cet objectif. Il faut notamment développer la filière aérobie, afin d’améliorer les capacités maximales aérobies des enfants. Cette filière permet de créer de l’énergie en utilisant l’oxygène. Elle est notamment utilisée dans les sports d’endurance tels que cyclisme sur route, course à pied sur de longues distances, etc. Les capacités musculaires périphériques des enfants devront également être améliorées, afin d’obtenir des gains de force significatifs. Tous les muscles du corps peuvent être ciblés, mais les muscles à entraîner dépendront des enfants et de leurs objectifs. Le but est de leur permettre de s’adonner correctement à leurs activités. Ainsi, pour un enfant souhaitant améliorer sa course, un travail au niveau des muscles des membres inférieurs sera plus spécifiquement réalisé.

On sait que ces entraînements spécifiques améliorent la condition physique des enfants en situation de handicap moteur. Leur limitation est qu’ils n’engendrent pas de modification des habitudes de vie. Autrement dit, après ces interventions, les enfants ne sont malheureusement pas plus actifs au quotidien. L’objectif des recherches en cours est notamment de déterminer les leviers à actionner pour avoir un impact sur lesdites habitudes de vie des enfants.

Poursuivre les efforts

Un des défis majeurs est de parvenir à mettre en place un mode de vie actif et peu sédentaire. En effet, même les enfants ayant participé à un programme de réentraînement courent un grand risque de se démotiver et d’arrêter leurs efforts. À ce sujet, il est important d’avoir conscience que le succès ou l’échec ne dépend pas uniquement de l’enfant : la participation aux activités physiques dépend grandement de l’environnement.


L’activité physique améliore non seulement la santé des enfants, mais aussi leur bien-être. Shutterstock

 

Il faut sensibiliser non seulement les enfants mais aussi leurs familles à l’importance de modifier leurs habitudes, et les aider à implémenter au quotidien ce nouveau mode de vie. À ce titre, la promotion de l’activité physique passe par un management individualisé et en sécurité, dans une ambiance rassurante et bienveillante. Les enfants doivent porter un regard positif sur leurs possibilités et capacités, prendre conscience de leurs progrès, le tout en s’amusant. De nouvelles interventions prometteuses sont actuellement évaluées pour y parvenir. Centrées sur les familles, individualisées, elles visent à accompagner l’enfant et sa famille vers l’atteinte d’objectifs de participation à des activités physiques et sportives.

Enfin, au-delà de l’environnement familial, il faudrait idéalement que tous les enfants puissent prendre part aux cours d’éducation physique et sportive à l’école, et bénéficient d’équipements sportifs adaptés et accessibles, y compris en fauteuil roulant. Pour les enfants dont les handicaps moteurs ne permettent pas la pratique des mêmes activités que les autres, de nouveaux dispositifs ou des adaptations de pratiques sont également à imaginer.

Des médecins gagnent des millions grâce à l’AI

(nxp/ats)

Selon le SonntagsBlick, certains praticiens empochent des sommes faramineuses afin de mener des expertises médicales pour l’assurance invalidité.


Un médecin bernois a même gagné près de 3,1 millions de francs depuis 2012 grâce à ses expertises. (Photo: Unsplash)

 

Certains médecins empochent des millions grâce aux expertises médicales qu’ils font pour les offices assurance-invalidité (AI). C’est ce qui ressort d’un document de l’Office fédéral des assurances sociales (OFAS) que le SonntagsBlick a pu consulter.

Celui-ci recense les sommes versées par les offices AI aux médecins et cliniques entre 2012 et 2018. Il en ressort que ceux-ci attribuent les contrats d’expertise de manière extrêmement unilatérale.

En 2018, ils ont payé 683 médecins et cliniques pour mener des expertises dites monodisciplinaires pour un montant total de 29,5 millions de francs. 10% de ces experts se partagent les trois quarts des mandats. Depuis 2012, un médecin bernois a même gagné près de 3,1 millions de francs grâce à ses expertises pour l’AI. Deux autres médecins ont reçu chacun 1,9 million de francs au cours de la même période.

Des avocats, des organisations de personnes handicapées et même des médecins se plaignent du fait que les experts qui reçoivent des millions de la part des offices AI ne jugent plus en toute indépendance. Ils voient dans cette répartition inégale une indication que ceux-ci préfèrent des experts qui jugent dans leur sens – c’est-à-dire contre une incapacité de travail et donc contre une rente, écrit le SonntagsBlick.

A La Branche, le bonheur dans la différence

(L’illustré)


A La Branche, le bonheur dans la différence Photo © Mario Del Currto

 

Établie depuis plus de cinquante ans au-dessus de Savigny (VD), l’institution La Branche accompagne des personnes atteintes de handicap en s’appuyant sur une pédagogie curative et une sociothérapie s’inspirant des principes de l’anthroposophie. Visite sur les traces du photographe Mario del Curto.

«Je t’aime Sabina.» «Je t’aime Adrien.» Tous deux sont assis, l’un en face de l’autre, dans ce grand restaurant vitré que baignent les rayons de soleil d’un été finissant. Adrien est arrivé avec trois minutes de retard et Sabina l’attendait à l’entrée, toute tourneboulée. Ils se sont embrassés longuement, serrés debout l’un contre l’autre, indifférents à la foule qui se presse en ce jeudi midi pour déjeuner. Ces trois mots, ils ne vont cesser de se les renvoyer durant tout le repas, comme s’il fallait les réciter tel un mantra pour qu’ils deviennent réalité. Et à chaque fois qu’ils s’adressent la parole, ils répètent leurs prénoms comme pour s’assurer que l’être aimé est bien là: «Tu vas bien ma Sabina d’amour?» «C’est bon ce qu’on mange Adrien.» «Tu m’aimes Sabina?»


Sabina et Adrien: un amour d’«extraordinaires», comme le dit l’auteur Alexandre Jollien.
Photo © Mario Del Currto

 

Fantasque Sabina

Sabina et Adrien sont handicapés. C’est du moins selon ce vocable qu’on les étiquette habituellement. Alexandre Jollien, l’écrivain et philosophe valaisan que les lecteurs de L’illustré connaissent bien, préfère qu’on les appelle les «extraordinaires», littéralement «ceux qui sortent de l’ordinaire». De manière à considérer le handicap «comme une composante de la diversité humaine et non comme une tare», selon les propres termes de la convention de l’ONU ratifiée par la Suisse en 2014. Sabina et Adrien fréquentent tous les deux La Branche, une institution pour personnes «extraordinaires» sur les hauteurs de Savigny (VD), l’une comme résidente, l’autre seulement la journée. Pendant deux jours, j’ai suivi ces deux bénéficiaires (appellation maison), du matin au soir, à travers leurs différentes activités.

C’est Sabina que j’ai d’abord rencontrée, un mercredi matin, au sein de l’atelier tisanes, l’un des quinze existant au sein de l’institution. C’est là que sont triées, séchées et conditionnées la cinquantaine de plantes cultivées sur le domaine pour composer de délicieuses tisanes vendues à la boutique jouxtant la cafétéria ou au marché de Vevey le mardi matin. Tout en cueillant des calendulas, en égrenant de la lavande ou en effeuillant des tournesols, Sabina m’a un peu parlé d’elle. De ses 29 années d’existence, dont onze passées au sein de l’institution, de ses difficultés au début quand elle «pétait les plombs» pour un oui ou pour un non, de ses parents originaires des Pouilles, de son bonheur de pouvoir assister au spectacle de la Fête des vignerons avec eux, de ses week-ends veveysans à se promener au bord du lac ou à regarder sur sa tablette des épisodes de Top Models avec Ridge, Brooke et Liam.

Du rire aux larmes en un éclair

Elle est «cool» Sabina, comme l’indique sa casquette où le mot est écrit en lettres de strass. Elle rit beaucoup, mais peut passer aux cris et aux larmes en un éclair. Il suffit de pas grand-chose, que son bas de pantalon s’accroche dans un buisson de thym pour qu’elle se mette à paniquer, d’une taquinerie d’une amie à propos de son amoureux pour qu’elle pique une colère. Son maître socioprofessionnel à l’atelier tisanes, Christophe, la décrit comme une jeune femme qui aime bien quand ça fait des vagues, qui n’hésite pas à provoquer et à se confronter aux autres: «Certains bénéficiaires passent toute leur matinée plus ou moins concentrés sur une tâche, Sabina, elle, bouge tout le temps et négocie pied à pied son emploi du temps.»

Ricardo, qui dirige la maison Saint-Luc où Sabina est logée, précise que sa fantasque pensionnaire nécessite une attention permanente: «Elle vit difficilement les imprévus et a besoin d’un cadre rassurant et bienveillant. En même temps, elle ne cesse du matin au soir de tester ce cadre en multipliant les provocations. Pour elle, avoir un amoureux et l’imposer à ses parents a été un événement décisif dans son besoin d’autodétermination et son désir de se rapprocher de la norme. Elle a fait d’énormes progrès dans ce domaine ces deux dernières années.»


Sabina et sa cool casquette dans l’atelier papeterie où elle travaille.
Photo © Mario Del Currto

 

L’emploi du temps de Sabina est réglé comme du papier à musique: atelier tisanes tous les matins, sauf le vendredi, et aquagym, atelier bougies ou cahiers les après-midis. Entre 13 heures et 14 heures, elle se retire généralement dans sa chambre. Ce mercredi, c’est pliage de papier et reliure de quelques-uns des 80 000 cahiers scolaires sortant chaque année de l’institution à destination des 30 écoles Steiner existant en Suisse. Ici, comme dans tous les ateliers de La Branche, chacun travaille à son rythme et les salaires, de 25 centimes à 6 francs de l’heure, varient en fonction des compétences. Sabina est capable de travailler efficacement comme de papillonner à travers l’atelier pour cajoler Nathanaël ou provoquer Soraya. Histoire de ne pas se faire oublier… Et puis, elle a toujours faim et ne cesse de demander l’heure qu’elle ne peut lire sur la grande horloge de l’atelier.

Le feu et la terre

Si Sabina est d’un signe de feu (Sagittaire), Adrien, lui, est d’un signe de terre (Taureau). Lorsque je suis venu le chercher jeudi matin chez lui pour l’accompagner à La Branche, sa maman m’a prévenu: «Il est très lent dans tout ce qu’il fait, très terre à terre, mais, par contre, vous n’avez pas besoin d’allumer votre GPS, il vous guidera sans coup férir à bon port.»

En effet, dans le labyrinthe des petites routes de campagne entre la Claie-aux-Moines et Mollie-Margot, Adrien se révélera un copilote hors pair. Et pour ce qui est de la lenteur, il n’a effectivement pas son pareil, surtout lorsqu’il s’agit de ramasser les tas de crottin abandonnés par les chevaux du centre équestre où il travaille ce matin-là. Mais, par contre, sa concentration est totale et le boulot est impeccable! La récompense, ce sera quelques tours de manège à marcher et à courir auprès d’un cheval qu’il guide tant bien que mal à l’aide d’une longe.

Très soigneux et très taiseux

L’après-midi, changement de décor puisque l’on se rend à la ferme où, encadrés par des maîtres socioprofessionnels et des travailleurs stagiaires, une demi-douzaine de bénéficiaires vont se livrer aux travaux des champs. Pour Adrien, ce sera, en compagnie de Chloé, découpe et ensachage sous vide du fromage, une tâche qu’on lui confie volontiers car il est très soigneux. Très soigneux et très taiseux… En deux heures de travail à ses côtés, je n’arrive à lui soutirer que de biens maigres renseignements: une mère enseignante et un père informaticien, une sœur de 16 ans et demi, une passion pour les animaux, un voyage en famille cet été au Costa Rica et des samedis matin occupés à jouer à Lausanne au rafroball, une sorte de handball adapté aux personnes «extraordinaires» mais ouvert aux «ordinaires».


Le personnel éducatif vit et travaille en contact étroit avec les bénéficiaires.
Photo © Mario Del Currto

 

Le reste, je l’apprendrai par sa maman ou par les éducateurs. Adrien se rend seul en bus deux matinées par semaine au Musée de zoologie de Lausanne, où il travaille à l’identification et à l’encodage des oiseaux, pour lequels il est devenu un spécialiste apprécié. Derrière son mutisme se dissimule un jeune gars avide d’organiser et de participer à un maximum d’activités au sein de l’institution: théâtre, soirées disco, préparation du carnaval annuel… En fait, Adrien adore être en groupe. Et même s’il reste en retrait, dans la grande cuisine de la ferme où l’on fait la pause, il ne perd rien de tout ce qui s’y passe, un sourire amusé aux lèvres. A moins que ce sourire n’annonce une des activités qu’il préfère: ramener à l’étable la douzaine de vaches qui paissent dans un champ tout proche.

Conscience du «handicap»

Ce qui frappe chez Sabina et Adrien, c’est que tous deux ont clairement conscience de leur «handicap»: pour Sabina, cette instabilité émotionnelle qui l’amène encore souvent à péter les plombs; pour Adrien, ce repli sur soi qui l’empêche souvent d’entrer en communication avec les autres. Tous deux, secondés par les équipes éducatives, font d’immenses efforts pour y remédier.

C’est d’ailleurs peut-être pour se compléter que ces deux êtres aussi dissemblables se sont rencontrés et sont tombés amoureux. Comment? Nous ne le saurons pas. Car autant le couple est expansif dans ses manifestations amoureuses, autant il demeure muet lorsqu’on lui demande de mettre des mots sur ce qui l’unit. Une timide mimique de Sabina nous fera comprendre que c’est plutôt elle qui a fait le premier pas pour former cet étrange duo qui vit, en l’espace d’une journée, une avalanche d’émotions aussi diverses qu’intenses, alignant épisodes de rupture et de réconciliation, bouderies et rires en cascade, Sabina excellant dans l’art de l’impromptu…


Adrien en pleine répétition de théâtre. Photo © Mario Del Currto

 

Une idylle protégée

L’institution voit plutôt d’un bon œil cette idylle, qu’elle protège en accordant au jeune couple des moments seul à seul après le repas de midi dans un des salons de la maison Saint-Luc. En cela, elle s’efforce d’aller dans le sens de la convention de l’ONU qui stipule que la vie affective et sexuelle fait partie des droits fondamentaux de toute personne. Mais dans le cas de Sabina et d’Adrien, un long processus d’accompagnement et de préparation mis en place par le groupe Pro vie affective et sexuelle sera nécessaire avant d’envisager, peut-être, un jour, que les portes de la chambre d’intimité de l’institution s’ouvrent à eux.


La Branche en chiffres


Galerie de portraits de bénéficiaires de La Branche. Photo © Mario Del Currto

 


1962. Acquisition par le foyer Saint-Christophe du domaine de La Branche à Savigny.

119. Le nombre de bénéficiaires adultes de 18 à 76 ans.

9. Le nombre d’unités d’habitation sur le domaine.

19. Le nombre d’élèves de 4 à 18 ans.

376. Le nombre de collaborateurs travaillant au sein de l’institution (205 équivalents temps plein).

106. Le nombre de places de travail dans les 15 ateliers socioprofessionnels.

78 200. Le nombre de cahiers fabriqués annuellement par l’atelier papeterie.

42 tonnes. La quantité de céréales et de légumes produite chaque année par la ferme.

160 000. Le nombre de repas bios servis en une année par le restaurant.

30 millions. En francs, le budget annuel de fonctionnement.


Le complexe de La Branche à Savigny (VD).Photo © La Branche

 

Dans les traces de skieurs malvoyants

(24heures)

Avec «Tandems», Cyril Delachaux invite à s’immerger dans la réalité d’amateurs de glisse aveugles ou malvoyants.


Les images sombres et floues donnent à pervevoir la réalité à laquelle les skieurs malvoyants sont confrontés.
Image: DR – EYESHOT

 

L’image est floue, imprécise, sombre. Entre jeux de caméras et de lumière, Cyril Delachaux tente d’illustrer le quotidien de personnes handicapées de la vue.

Pour son nouveau film «Tandems», tourné en collaboration avec le Groupement romand de skieurs aveugles et malvoyants (GRSA), le réalisateur valaisan d’origine neuchâteloise s’est glissé dans les traces de sept amateurs de ski totalement aveugles ou malvoyants. «J’ai très vite demandé à mes interlocuteurs de me décrire leur perception, pour tenter de la recréer en images, raconte Cyril Delachaux. Mais il leur est parfois difficile de mettre des mots là-dessus et il y a une telle variété de pathologies et de manières de voir qu’il était impossible de montrer cette réalité de façon exhaustive.»

Un effet aussi saisissant que touchant

Qu’à cela ne tienne, l’effet est aussi saisissant que touchant. On rencontre des personnes aux parcours de vie variés – Clémence, malvoyante depuis quelques années en raison d’une maladie, Sylvain, skieur confirmé devenu complètement aveugle à la suite d’un grave accident en hors-piste… Dans leur sillage et celui de leur guide Deny Eggimann, on dévale des pistes à demi noyées dans l’obscurité. Entre ces plans oppressants où seuls les détails les plus proches ressortent, le réalisateur intègre des images d’une netteté totale, capturées de loin par un drone en ultrahaute définition.

«C’est une manière de rendre hommage à la beauté de la nature et à la chance que nous avons de posséder encore le sens de la vue et de pouvoir observer ces paysages», explique Cyril Delachaux. Amoureux de montagne, ce dernier avoue avoir été étonné de la vitesse de ses «acteurs» sur les skis. «Et encore plus de la confiance totale qu’ils accordent au guide. J’ai fait le test: fermer les yeux et se laisser guider. Je n’ai pas fait long.»

Ces images «époustouflantes (ndlr: capturées notamment à Crans, à Villars, à Leysin ou encore aux Rasses) montrent une réalité bien éloignée de l’image indigente que l’on associe souvent au handicap», salue Hervé Richoz, skieur malvoyant en charge de la communication pour le GRSA.